Avec le vent
(4e passage)
Extrait du manuscrit Propos d’un guetteur de vent

Rodolphe Christin

   


Seul
et tranquille au milieu des foudres
sur la force des crêtes,
il écoute et voit
le silence informe du vent

Ce Grand Porteur de nouvelles
par-delà les horizons sensibles,
d’odeurs d’océans,
passe les lignes de terre
et les enfantements côtiers

Invisible
il touche
immatériel pourtant
il frôle
dérange et brise
nul ne le voit

Seules visibles les spirales
entre falaises bleues
de l’oiseau ivre, fou
de sagesse ascendante
au grand milieu des tourbillons

Sculpteur de neige
et affûteur de glace:
il inspire le chemin des transgressions de l’être

Hêtres chantants
aux flancs des roches,
harpes brutes d’outre-monde
remontées du fond des gorges
(avec le bruissement lointain d’un torrent et
deux ou trois pierres sous les sabots d’un chamois)

Pierre qui roule
jusqu’à la rivière,
tombe:
écume, cercles,
éclats de lumière

Franges soufflées sur la crête des vagues,
signes de présence
et vigueur de l’absence:
la main jamais ne le cueille
lui que rien ne retient

Venu des directions cardinales
il enlève l’esprit,
le soulève,
cette joie de buveur de vent!

(À grandes goulées
l’ivresse parle aux feuillages du ciel)

Ah! ce plaisir du chemineau
qui a su faire amitié avec le souffle,
malheur de celui
qui marche contre lui!

Vent est le frère
des solitaires partis aux grands territoires
après le repos d’un foyer;
il les voit traverser les places,
s’enfoncer dans la rumeur des rues
jusqu’à l’écoute du roulis des galets
dans le passage des gués

Il souffle à leur oreille le secret silencieux des sources,
à ceux-ci qui appellent les arbres,
portent la forêt dans un regard
autour des rassemblements humains,
tous penseurs de rivières
dans le déchiffrement du monde

 

 
 
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