Visages de plein vent
(extrait)

Rome Deguergue

   


- 16 -

La terre est un mot qui -embrasse la terre-
La pierre du chemin dit :
'je fais un écart sur la brèche

'Un mot a sa mutité
un corps sa nudité

La pierre & le mot percent
irruption du futur
traversent le muet

Météore & temps
fraction de parole
sur le rien du vivant

Sous la couche de poussière infiltrée sous les paupières-
le regard transi devient
l'ouverture de la matière muette

Comme disent encore les pierres :
'la crudité traverse la parole inattendue'

Sur un écart
sur une brèche
le mot repart à sa tranquillité

Pour un oui
pour un non
pour peu de chose désaccordée

Le mot par la bouche
touche à l'accord & prononcé
repart en désordre avancé

Le réveil du mot sur la cloche devenue
-v o i e-

La neige de Tübingen par Hölderlin
ex-prime & im-prime
la blancheur pélagique de la
-v o i x-

Mais le terrestre de la parole résonne
à travers la lumière 'philosophique'
de la fenêtre désencadrée


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Déploiement de l'aile du dire
Envol directionnel : LA DUNE

En 'contact' vertical avec le sable
Le mot - sable - n'aide pas à le toucher !

Se mêler à ses grains
re-créer un paysage accordé d'accords à corps horizontal

Immédiateté de la joie
du 'ça' ciel de sable à - l'être suprasensible -
enroulé dans une mer blonde qui chante

Ozeanisches Gefühl Ereignis


- 18 -

Sur d'obscurs sentiers il a marché le voyageur
arrivé à la porte de l'azur
entre paisiblement
quand il neige à la fenêtre & que la cloche du soir résonne
longuement
au cœur de la - saison sacrée -

Chez soi comme poisson dans l'eau
chez soi où ?
dans quel monde ?

Connu - reconnu- inconnu
libéré du connu
recréer la sensation de l'étonnement

LA DUNE

regardée observée maintes fois gravie
libère encore de l'inconnu

Furieuse tempête de sable
- vent du sud -
- vent de föhn -

Chaque pas
chaque nuage
chaque grain de sable
poursuivi poursuivant
s'efface
sur l'avance rapide du magnétocosmique

Ses grains tournoient rugissent en connivence
avec les vagues du proche Sahara

Le corps ploie hésite repart sous les gifles des grandes mains de sable
Essaie en vain de se fondre dans le paysage en mouvement

Nu - le pied a sa conscience intime -
Des zones humides des zones chaudes de la dune - arythmique -

Verticalité approximative de la lente & pénible progression
Corrigée par l'entêtement de la tempête & du vent

Marcher marcher jusqu'à atteindre cette crête

Puis encore celle là au loin

Arriver au sommet et marcher encore

sur le squelette du dinosaure blond où voltigent
les papiers bonbon kleenex w.c. chiffon
Mars & Lion


Vision s y n c o p é e
Lignes b r i s é e s
à géométrie v a r i a b l e

planes droites courbes selon les caprices
les évidences du temps météoro-logique
habitant les sites venteux ou abrités

Le corps tangue plonge gravit

Du creux où je me trouve je vois un nuage toucher la joue de la dune
De l'index je suis son parcours jusqu'à cette touffe d'oyat qui frémit

Vent & sable ires

dans les cheveux les yeux entre les dents qui sourient
fouettent la peau nue
font claquer la toile du vêtement & s'ouvrir les poches du Rucksack


Au loin près du Cap les déferlantes de la Passe Nord signalent la muraille
gardienne de l'entrée du Bassin

&
l'océan
énervé
éparpille ses oiseaux


Se libérer du connu ...

Une feuille de chêne recroquevillée blême rapide crisse au passage
Est-elle de cet automne de l'automne précédent ?
Appartient-elle à cette forêt geôlière malgré elle de la stabilité de la dune
ou vient-elle de plus loin du Médoc des Landes de Dordogne ?

Je la poursuis
Elle me précède
m'ignore & s'enfuit

Comme elle je suis d'ici & d'ailleurs
Nous écoutons ensemble le chant de la nature
la plainte du vent soulever les grains de sable
comme sur la crête - des dunes de Mingsha -


Alors je pense sans mes yeux :

A Laurent qui cherche le dire sur l'autre rive du Neckar vers un autre Spitzberg
à Trakl : plus d'un qui est en voyage arrive à la porte sur d'obscurs sentiers
A Hölderlin prêtant une voix à la neige de Tübingen
à Pascal qui arpente les Ardennes et décrypte mit Heiterkeit les lignes de la terre
A Michèle aveuglée par le fauve des grand arbres du Maine où Thoreau l'a précédée
à Jean-Paul re-dessinant l'archi-troglo. asiatique

Et puis je pense à plein regard :

à ces autres 'espaces ouverts'

où tout être en recherche devient l'ami de l'ami qui cherche

Course lente d'une archipélisation avancée

Appels lancés d'ici... de là...

Onde Frémissement

d'aile en aile

du héron au cormoran de la grue cendrée au corbeau

Aile traversière d'orient en occident

'Kyak' 'Kyak' fait le choucas des tours immobile
sur une ligne de transparence
entre horizocéan

Paroles croisées singulières lancées dans toutes les directions
& peut-être plus

alors qu'on entend au loin l'écho amplifié des feux de chasseurs...

 
 
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