Estérel

Serge Paulus

sceau
   

panoramique

Comme la dernière lumière du jour
dans la vallée oubliée des nuages
loin, l’autre versant s’illumine
et tous les vents en sifflant
remontent la montagne.
Cette lueur : le signe.
L’heure est venue de la marche.
En traversant la baie en garrigue,
nous avançons vers les montagnes,
qui jouent, malicieuses,
à disparaître dans les nuages.
Cent chemins possibles.
Un chemin pris :
l’arc se détend,
ce chemin est le seul.
En haut, le sec -
en bas, l’humide :

yi-king
tout s’inverse,
et dans la roue,
le présent dans le creux de la baie
et le souvenir du versant
sont toujours confondus.
(plus d’heures alors,
le soleil tourne
et vire au blanc de lune.)
Au plus près,
le vent au Sud –
le visage d’Ouest levé,
lancé le soleil derrière,
la mer au côté ;
un flanc d’eau,
un flanc d’herbes et de broussailles,
la montagne dessinée
en crête dans les yeux
– un contour doux,
qui mime un chemin
ou une vibration d’onde
(cerveau ouvert,
tracé ancien,
ondes lentes)
–D’anciens textes lunaires parlent
du premier cri d’oiseau d’aube,
vers la trouée du jour 
– cette note fut entendue,
résonne encore,
vibre un point d’échine nette –
autre tracé que celui-là,
maturé depuis comme diapason –Toujours vers la montagne,
le temps joue,
un enfant saute sur le côté,
compte sans compter,
rejoue tout un monde.
Nous allons,
déployés vers l’assise,
et lentement,
quelques figures se dessinent
dans les montagnes
(qu’on oublie en les regardant venir).
Un souvenir de carte ou d’arcane revient là
– un lien dans les figures,
peut-être une forme de symbole ;
l’ancien dans le nouveau.
Un souvenir de chaleur femme,
le premier à renaître,
se reprend à la première figure
- hanche jouée,
chaleur replongée charnelle
et yeux d’oiseau aigus…
A l’approche,
les oiseaux cambrent leur vol,
la figure se résout en lancer d’oiseaux migres,
disparaît en vol dans la montagne
– rideau des oiseaux.
Quelques sons soufflés,
quelques lumières diaprées –
J’ai lu la figure et repris l’augure :
l’augure est le vol.

oiseaux
Par hasard ou par erreur,
la deuxième figure sort de l’étonnement,
rêve de musique sans musicien,
de jeux d’apnée du sang dans le cerveau,
de marche inverse dans les forêts.
La figure s’écrit en s’effaçant,
elle disparaît sans apparaître –
l’augure est le rire.

sceau

En marchant sous les arbres,
se dessine un autre chemin,
infléchi par de brusques envolées
d’oiseaux rares,
par des effluves en méandres,
des rochers en socs sur lesquels,
par hasard,
le tracé parcouru est déjà inscrit,
le récit à venir prêt à émerger,
au gré du chemin…
L’augure est le chemin.

pas
Encore dans la lumière du matin,
orangée, le relief se donne
à toutes les figures de roches ocres,
anamorphiques,
pour le jeu de l’œil concentré,
errant, nomade
(toutes les pierres,
tous les visages ;
toutes les algues,
toutes les écritures ;
tous les tracés ailés,
tous les chemins,
toutes les augures –
L’augure est le signe.

signe

Plus loin encore dans la montagne,
cinquième figure d’immortel,
la marche élane du sage se suit
– de fines géologies en histoires d’écorce,
chemin étoilé ou coulée tellure.
L’augure est le guide.

Cinq augures, cinq figures –
cinq lectures au secret du livre :
l’heure est venue du récit,
et votre mémoire s’inscrira bientôt
dans ces signes de montagne.

figure


Estérel, juillet 2000


 
 
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