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  70° de latitude Nord
Pays de roc et d’eau et contraste nordique

Ancré à mon pupitre
Dérivant dans un atlas
Lourd de noms insolites
Mittimatalik, Kangerlussuaq, Iqaluit
J’ai rêvé de terres boréales
Peuplées d’ours polaires
Et d’horizons nordiques
Où naviguer jusqu’à me perdre
 
J’ai enjambé des vallées de papier
Suivi du doigt des côtes déchirées
Dessiné des routes au plomb
Ketchikan, Ittygran, Akutan
J’ai imaginé le paysage rouillé
Confondu les latitudes
Et les longitudes perdues
Dans les replis des planches
 
Usées, écornées, scotchées
Écumant d’histoires inachevées
Les cartes m’ont guidé au large
 la recherche de l’orque et du narval
Là où l’étranger a déifié ses héros
Mackenzie, Franklin, Frobisher
Ignoré le message de l’inukshuk
Et accroché sa propre mémoire

Soixante-dix degrés Nord
Immense pays de roc et d’eau
Plein d’un vide immobile
Où les échelles s’entremêlent
Royaume de la glace qui aveugle
Aux ombres allongées à minuit l’été
Mes poumons remplis d’air cristallin
Un par un j’ai fracturé les miles
Du Passage du Nord-Ouest
Paralysé dans le blanc

Dans ce pays de contrastes
À plat ventre sur le sol
Soufflé par les vents hurlants
J’ai englouti les images de Baffin
Dévoré la pierre, la mer, le ciel
Pixellisé Holman, Pangnirtung, Auyuittuq
Immortalisé des plantes rabougries
Agrippées au roc face au Sud
Et des lichens des temps anciens
Menacés par le Hummer

Je reviens du Nunavut
Du Svalbard, du Kalaallit Nunaat
J’épingle de nouvelles cartes au mur
Quels mots choisirai-je pour évoquer
Cet univers monochrome aux larges infinis
Quelle photo pourra en rendre compte
Le capteur n’a saisi qu’un cadre fini
Je reconstruis des panoramas étroits
Le paysage figé de froid s’est enfui
Ne subsiste que l’impression…

Pierre Labossière