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Second de cordée
récits de montagne

Sous la direction de
Hélène Guy & Jean-Nicolas Grieco


XYZ éditeur
Montréal – 2010

Présentation  fiche librairie

 
La traversée - Ouvrages collectifs
 
Sommaire
 
 

Hélène Guy & Jean-Nicolas Grieco : « L’alpenstock comme plume »
Bernard Mailhot : « La Princesse des Nuits Blanches »
Bertrand Gervais : « Et tout ce temps, je n’ai rien vu »
Bertrand Côté : « Le dernier gentleman »
Hélène Guy : « Sous le toit de l’Everest »
Maxime Jean : « Cho Oyu, à deux cents mètres près »
Pascal Daleau : « McKinley : une expédition au bout du froid »
Jean Désy : « Quand le vent souffle : McKinley ! »
Denys Leclaire : « En équilibre »
Claudy Burnet : « Les Aiguilles du Diable »
Laurent Péloquin : « J’ai rêvé du mont Blanc »
Hélène Guy : « Sur la corde de Rébuffat »
Anne-Marie Braconnier : « Annapurna, premier amour »
Étienne Bastin : « Grimper le plus naturellement du monde »
Anne Brigitte Renaud : « Harmonie »
Charles Vincent : « La mer oubliée »
Rachel Bouvet : « Gabal Moussa »
Pierre Labossière : « Un dîner en Antarctique »
Vincent Brault : « La chute des corps »
Charles Laliberté & Bernard Mailhot : « Rappel »
Benoit Bordeleau : « À l’oreille du géant bleu »
Bertrand Côté : « Smuggs »
Bertrand Gervais : « Road Closed. Mythe et glace »
Jean Désy : « Stowe, glace et harmonie »
André Carpentier : « Drapeaux de montagne »

 
 
 
 

L’alpenstock comme plume

Alpenstock: long bâton (parfois plus de 2 m) ferré à un bout
qui a précédé le piolet comme «instrument à tout faire»
en haute montagne
Sylvain Jouty & Hubert Odier dans le
Dictionnaire de la montagne

Plume: mot du fonds primitif issu du latin classique pluma, «duvet»
Dictionnaire étymologique dans Antidote

Au pied d’une cascade de glace, l’écrivain Bertrand Gervais enfile la dragonne de son piolet jaune, replie un à un ses doigts dans son gant noir, rabaisse la manche de son duvet, puis lève son bel outil devant la paroi. De sa main libre, droite, agile, il sort de son étui son appareil photo, l’ouvre, fait la mise au point sur ce nouvel instrument d’écriture sur glace, plus près de l’alpenstock aux multiples usages que du piolet technique, limité à la montagne.

Lors de l’ascension du McKinley, l’alpiniste Pascal Daleau observe un oiseau aussi jaune que ses chaussures de haute montagne picorer des graines de sésame de sa barre énergétique, oiseau qui, en entrant dans sa tente, frôle de son aile la fermeture de métal gelée. Pascal ramasse la plume duveteuse que cet oiseau du froid lui a remise, la trempe dans son thé noir sucré, puis trace les premières lignes de son récit d’expédition, au chaud dans son duvet.

Dans ce recueil de récits de montagne et du Sud, des écrivains et des alpinistes, tels Bertrand Gervais et Pascal Daleau, ont relevé le défi de grimper des voies de toute nature, puis de nous guider textuellement dans des paysages inaccessibles autrement. À travers plus d’une vingtaine de récits, des écrivains et des alpinistes ont progressé en cordées réversibles, les uns guidant les autres sur la glace ou sur la feuille. Ainsi, les reliefs de la montagne n’ont pas été aplanis dans les récits des alpinistes, pas plus que les écrivains n’ont été épargnés en escalade de glace. Dans cet environnement vertical, l’accent a été mis sur le second de cordée, sur celui qui accepte de découvrir un autre monde que le sien, quitte à y dévisser, c’est-à-dire tomber, puis à se repositionner sur la voie, parfois à coup de ratures et de réécritures pour y trouver sa propre voix. Ce recueil devient alors le lieu de l’expérience, de l’humilité, de la grandeur des écrivains et des alpinistes qui s’aventurent ensemble sur des terres inexplorées.

L’escalade

Qu’elle soit de roche ou de glace, l’escalade met en scène le premier et le second de cordée, en alternance. Pendant que l’un grimpe, l’autre assure. La corde les relie durant toute l’ascension, y compris lors de la descente en rappel. Fort de son expérience, le premier de cordée veille à la sécurité, en respectant les capacités du second.

Les récits de Benoît Bordeleau, de Vincent Brault, de Bertrand Côté, de Bertrand Gervais, d’Hélène Guy, de Charles Laliberté et de Bernard Mailhot combinent les gestes de la cordée à ceux de l’amitié.

L’alpinisme

En montagne, le déplacement simultané, à corde tendue, fait en sorte que chacun des membres d’une cordée est responsable de la sécurité de l’autre, notamment s’il y a une crevasse à traverser sur un pont de neige. Toujours en amont, le premier de cordée ouvre la voie, puis guide le second à la descente. L’attention constante de chacun s’avère essentielle.

Les récits de Claudy Burnet et de Laurent Péloquin nous guident vers les Alpes françaises et suisses, à travers plus de cinquante ans de courses en haute montagne.

L’expédition

Trois conditions prévalent pour parler d’expédition: l’éloignement, l’autonomie et le risque. Ainsi, la réussite d’une expédition dépend des ressources, de la préparation et de l’expérience de chacun de ses membres, ainsi que de facteurs liés à l’environnement et aux déplacements. La notion d’entraide y est primordiale.

Les récits de Pascal Daleau, de Jean Désy et de Maxime Jean se déroulent dans des lieux où les forces de la nature départagent les amateurs des véritables passionnés de la haute montagne.

L’hivernale

Une sortie effectuée en hiver incluant un coucher sous la tente augmente le coéfficient de difficulté, surtout si les seconds de cordée en sont au stade de l’initiation. Dans ce cas, les grimpeurs expérimentés assument l’ensemble des tâches au campement et en escalade de glace. L’engagement de chacun devient cependant promesse de réussite.

Les récits de Bertrand Côté, de Jean Désy et de Bertrand Gervais racontent une même sortie dans le nord des Etats-Unis avec des regards singuliers, fragmentaires, sur la neige, le froid et l’escalade.

Le voyage

Au loin, sur les grandes routes terrestres et maritimes, le voyage peut être effectué seul, en famille, entre amis ou au sein d’un groupe. Dans tous les cas, les ressources du voyageur sont sollicitées, car il doit réagir si un problème survient, du moins en situation d’urgence.

Les récits de Rachel Bouvet, d’Hélène Guy, de Pierre Labossière et de Denys Leclaire nous font arpenter en dromadaire le désert égyptien, à pied la route de l’Everest, en brise-glace le cercle polaire antarctique et à vélo un col dans l’Ouest canadien.

La montagne

Plusieurs voies conduisent à la montagne, mettant en présence autant les lieux empruntés que les manières d’y progresser. Ainsi, de l’escalade, de la randonnée ou de l’ascension naissent des réflexions qui témoignent de parcours marqués par l’effort, la rencontre et le sens. Les rôles de second et de premier de cordée sont ici partagés.

Les récits d’Étienne Bastin, d’Anne-Marie Braconnier, d’André Charpentier, d’Anne Brigitte Renaud et de Charles Vincent prennent forme sur les multiples voies de la montagne à proximité ou à travers le monde, balisant de repères inédits les chemins parcourus.

La figure de la cordée

Dans les récits d’expédition, la cordée alpine devient cette figure dominante à travers laquelle les événements sont filtrés et par laquelle l’expérience des grimpeurs est mise en relief.

En haute montagne, la plupart du temps à l’étranger, la cordée demeure le système d’entraide le plus souple et le plus répandu pour les alpinistes qui veulent se déplacer en toute liberté. Les dangers objectifs, tels les crevasses, les ponts de neige, les avalanches, les chutes de séracs, les engelures, en plus des dangers perçus, introduits par la peur, la fatigue ou l’altitude, ainsi que les maladresses techniques qui causent des pertes de matériel, tout cela fait partie du quotidien de la cordée. Dans les récits alpins, la cordée semble favoriser les échanges culturels, techniques et humains.

Dans les grandes voies, surtout en courses hivernales, les grimpeurs témoignent de l’importance du choix des partenaires. Puisque chacun des alpinistes détermine la force de la cordée, la relation de confiance, la prise de risques et l’intégrité physique deviennent essentielles. En cas de chute, chaque grimpeur tient la vie de l’autre au moyen de la corde. Ainsi, par longueurs de soixante mètres, le récit progresse en intensité, au même titre que la cordée qui devient personnage dans les fissures, les dièdres et les surplombs de la paroi.

Au Québec, peu de récits mettent en scène la figure de la cordée. Pourtant, les voies de roche et de glace abondent dans nos régions, incluant le nord des Etats-Unis et les rives du Saint-Laurent. Même s’il n’est question ni de montagne ni d’escalade, la figure de la cordée prend forme dans d’autres récits. Cela peut advenir dans des lieux éloignés, sauvages et arides, lors de traversées à pied, à vélo, en bateau ou à ski. L’approche de la cordée y est cependant privilégiée.

Dans ce recueil collectif de récits de montagne et du Sud, il sera question de la figure de la cordée comme haut lieu d’échanges, en mettant l’accent sur le second de cordée, celui qui a le loisir d’observer l’Autre et de lire le paysage.

À lire au relais, avec l’alpenstock comme plume !

Hélène Guy & Jean-Nicolas Grieco

 
 
 
 
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